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C'est la fin de la leçon, la plupart de mes élèves sont déjà dans le couloir, quand je réalise qu'au fond de la classe Nelly pleure à gros sanglots. Assise à côté d'elle pendant le cours, Sylvia vient de partir le menton en l'air et sans un mot. À la même table (mes élèves sont assises par quatre), en train de prendre les dernières notes, Maya a l'air de ne pas suivre la scène et s'affaire plutôt à souligner les mot-clés.

"Que se passe-t-il Nelly?", je demande, absolument désolée. Cette gamine est adorable, mais peut se mettre dans tous ses états quand elle ne comprend pas quelque chose: elle a déja pleuré à cause d'une mauvaise note.

"Riiiieeeeeen", elle hoquète.

"Dis-moi ce que je peux faire pour arranger les choses". je reformule, me rappelant les derniers éléments de language super précis qu'on nous demande d'utiliser avec les élèves. (Il s'agit d'exprimer, avec un language positif et ouvert, une question qui les invitera au dialogue et à l'échange)("Rhaaaaa bon sang, ne te balances pas sur ta chaise, tu es déjà tombée vingt-sept fois et ça me saoûle" est un très bon contre-exemple)(alors que pourtant, parfois, c'est le seul truc que tu voudrais vraiment exprimer)(c'est dommage).

"Il y a une fille d'une autre classe qui a dit des ragots sur Nelly et Sylvia les a crus", explique Maya sans lever la tête de son cahier.

Nelly redouble de sanglots en tentant vainement de faire rentrer son cahier de français dans un sac déjà plein à craquer.

Il ne sera pas dit qu'il y aura du harcelement scolaire dans ma classe! J'interviens alors:

"Eh bien c'est à cette autre fille de se sentir mal, et c'est à Sylvia de ne pas écouter les ragots. Ce n'est pas à toi de pleurer, du tout!"  j'assène avec force.

(Qu'on m'envoie au Moyen-Orient, à la fin, je suis si douée pour apaiser les conflits).

Et puis j'ajoute, comme pour me justifier: "Je ne savais vraiment pas qu'il y avait un probleme entre vous, toute votre table travaille si bien ensemble, c'est pour ça que je ne vous changeais jamais de place".

C'est alors que fermant son cahier d'un geste sec Maya a conclu, laconique: "oh, il n'y a pas de problème du tout, elles sont meilleures amies".