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De toute façon on va tous mourir, c’est bien la seule chose qu’on sait vraiment. Un jour on sera un cadavre, un corps mort et déjà en train de se décomposer que d’autres mains toucheront, déshabilleront, laveront, mettront dans la terre.

Ça sert à quoi de se débattre autant, si c’est pour tous finir au même point?

Et puis on ne va pas mourir “juste comme ça". Une crise cardiaque pour les plus chanceux, un vieux cancer douloureux et débilitant pour les autres, peut-être Alzheimer, avec juste assez d’éclairs de lucidité pour bien se rendre compte combien même nos proches n’en peuvent plus. Le futur ne nous réserve que plus de malheurs et de morts, tous les gens qu’on aime vont nous quitter.

Est-ce mon côté punk no future qui ressort? Mon côté emo chiant, plutôt?

Non, je m'apprête simplement à avoir mes règles.

Et mon médecin me l’a bien expliqué: il y a le taux d’une hormone qui grimpe, le taux d’une autre qui dégringole, et c’est tout le cerveau qui part en sucette. L’humeur, les nerfs, les neurones qui se vautrent dans le délire le plus total. L’irrationnel qui débarque sans crier gare.

Il y a des femmes qui ont des syndromes pre-menstruels encore pires que ça, qui font des malaises, qui ont des douleurs, des migraines, qui sont obligées de rater le boulot.

Moi c’est une bonne dépression, à date fixe, prévisible et dévastatrice quand même.

Demain je vais me réveiller, je vais avoir mal au ventre toute la journée, je vais aller aux toilettes environ tout le temps, je vais avoir faim et la nausée en même temps, puis dans l’après-midi je vais enfin voir du rouge sur ma serviette hygienique et je vais me sentir tellement soulagée, comme si c'était le messie mais en encore mieux. (Parce que le messie je m’en fous grave, en fait).

À en pleurer encore, mais de reconnaissance cette fois.

Entre temps j’aurais passé une journée normale, j'aurais sauvé le monde one step at the time comme disent les Anglais, j'aurais retrouvé le parapluie de Lucile oublié en salle 26, appelé les parents de Mathilde pour être sûre qu'elle a l'autorisation d'aller au musée (car Mathilde n'a jamais pensé à rapporter une seule autorisation écrite depuis septembre), j'aurais enguirlandé Megane parce qu'elle aura balancé un dictionnaire de français à la tête de Rosa, qui venait pourtant de la taper avec un cahier d'espagnol, prétendra-t-elle. J'aurais expliqué pour la première fois à mes sixièmes que le passé composé se compose du verbe avoir, puis du participe passé. J'aurais expliqué pour la dixième fois à mes cinquièmes que le passé composé se compose du verbe avoir et d'un participe passé, là, mais si bon sang. J'aurais expliqué pour la soixante-douzième fois à mes troisièmes que ce putain de passé composé se compose du verbe avoir ou du verbe être et que bordel ce n'est pas si dur d'arrêter d'écrire "je allé à l'école à 8h" fait chier à la fin. (Non mais je plaisante, je ne dis jamais de gros mots devant les élèves voyons)(enfin je les dis dans ma tête)(la plupart du temps).

On ne m'ôtera pas de l'idée que si c'était les homme qui avaient leurs règles ils auraient le droit de rester à la maison une fois par mois sans avoir à se justifier, il y aurait des bouillottes en libre-service à chaque arrêt de bus et des tablettes de chocolat seraient distribuées à l'entrée du métro.

À la place de tout ça, il y a une énorme part de la population qui passe par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel de la souffrance douze fois par an et à part Notre Temps le magazine des vieilles il n'y a que moi pour en faire un article.

Ah la la.

PS: si toi tu es en pleine ménopause j'ai cru comprendre que c'était rigolo aussi. Viens, on va monter un club des gens qui ont les hormones au plafond, ça s'appellera "Aaaaaaaaaaaaargh!!".