mardi 30 mai

Ciel, mes maris!


Quand je suis allée à New-York en octobre dernier je savais que Woody Allen jouait tous les lundis dans un club de jazz de l'Upper East Side, le Carlyle Cafe, qui fait lui-même parti du Rosewood hotel. 

J'avais trouvé les informations sur internet, avait fait une mini crise cardiaque devant les prix de réservation, avait décidé que c'était quand même un truc à faire au moins une fois dans une vie, avais tenté de réserver une table, m'étais faite renvoyer dans mes filets parce qu'ils n'acceptent pas de réservation pour les gens seuls. 
Pas d'amis, pas de jazz!
La seule solution c'était d'arriver extrêmement en avance et d'espérer avoir une place debout au fond de la salle près du bar, avec vue sur les riches assis aux petites tables devant, et sur la scène, et sur les musiciens.
Honnêtement, la salle étant super petite, on passe un chouette moment quand même.
Je me suis donc retrouvée à tenter de faire la queue trois heures avant l'ouverture des portes au milieu d'une foule terriblement passive-agressive (il s'agit du système "premier arrivé-premier servi", du coup les gens sont prêts à se manger les uns les autres pour ne pas perdre leur place).
Comme à chaque fois que je vais voir un film de Woody Allen j'ai l'impression de plonger dans une dimension parallèle où les gens dont ils se moquent le plus, dont il dénoncent les hypocrisies d'une façon sans appel, semblent être des plus grands fans. 
Je ne vais pas me désigner comme fan, du coup, mais depuis  "Meurtre Mystérieux à Manhattan" que ma mère m'avait emmené voir quand j'avais 11 ans je crois, j'ai vu et revu énormément de ses films (parfois, sur un malentendu, j'en comprends même un bout ou deux). J'ai lu des livres et des interviews et ce qu'il dit me parle beaucoup, me fait réfléchir, m'accompagne aussi. 
"Match Point" est un chef-d'œuvre absolu, "Scoop" est à hurler de rire, je ne me lasse pas du bel hommage de "To Rome with Love" aux maîtres italiens et "Midnight in Paris" est d'une telle délicatesse. Pour parler des films plus anciens j'ai du voir "Manhattan" trente fois (pour la photo de Gordon Willis)(en gros je ne suis à New-York que pour ça), puis je conseille aussi "Annie Hall" ou "Tombe les filles et tais-toi", qui sont un peu le parfait manuel du couple (si tu souhaites tout rater bien sûr).
Un jour, je me dis que j'aurai l'âge pour regarder "Crime et délits".
Pour en revenir à octobre dernier il y avait des gens normaux et calmes, dans cette file sans fin, mais bien sûr ce n'était pas eux qui me marchaient dessus, piaillaient des inepties à tue-tête et me donnais envie d'être née dans un autre siècle sur une autre planète.
Cette foire d'empoigne feutrée s'est terminée quand tout le monde, au compte-goutte et alors que le concert avait déjà commencé, a finalement pu rentrer.
Le concert? Eh bien... Il fallait y être. Une petite salle, un club de jazz en sous-sol, des musiciens serrés sur leurs chaises étriquées, ils rigolent et jazzent à tout va, la salle a payé des centaines et des centaines de dollars, tourne le dos à la scène pour prendre des selfies mal éclairés, ceux qui sont déjà bourrés sont encore plus relous si c'est possible, quand Diane Keaton est passée dans la salle les gens se sont jetés sur elle, et les serveurs de se convertir en gardes du corps.
Hier, jusqu'en milieu d'après-midi je n'étais pas sûre de vouloir y retourner. 
La peur, quoi. 
Et puis finalement, la victoire de l'espoir sur l'expérience, j'ai décidé de retenter ma chance. 
Cette fois-ci je suis arrivée extra en avance, je me suis cramponnée au dernier arrivé et n'ai laisse personne me passer devant. Le portier, avec le regard fatigué du mec qui doit gérer tous les lundis du monde une foule d'andouilles en délire, nous a gentiment fait comprendre qu'il restait des heures avant le show, que c'était mieux si on allait attendre au bar, allez les enfants, faut pas rester là, vous faites un peu pitié quand même.
Comme j'étais dans la file entre un jeune et sexy monsieur en costume, et un cinquantenaire et sexy autre monsieur en costume, il y a eu une méprise amusante.
J'avais discuté avec chacun des deux, échangé trois mots, expliqué comment l'attente avait été terrible en octobre dernier. Quand le portier nous a proposé de nous disperser, le jeune homme est parti de son côté. Je ne savais pas trop où aller moi-même, le monsieur plus âgé m'a alors demandé si j'allais suivre mon mari.
Gnnn?
On a passé deux minutes à rigoler sur la méprise, je me demande toujours comment il a pu penser qu'on était ensemble. Je n'ai peut-être pas la vision la plus optimiste du couple qui soit, mais sachant que j'avais ostensiblement tourné le dos à ce type pour être sûre qu'il ne me passait pas devant dans la file, on aurait été un couple sacrément à problème. 
J'ai atterri au bar avec ce Pierce Brosnan latino-américain (si, c'est possible, fais un effort d'imagination quand même), et on a bavardé comme des gens civilisés.
De loin il avait l'air plus que WASP (Pierce Brosnan est irlandais je rappelle) mais j'ai appris plein de truc sur le Chili, et après l'avoir entendu bavarder avec tous les serveurs en espagnol (puis m'expliquer ensuite d'où venait chacun d'entre eux), ça n'a fait que confirmer ce que j'avais entrevu la dernière fois que j'étais venue: New-York est 99% latino.
Le portier est revenu nous chercher, il avait une place pour nous, on ne serait pas debouts derrière le bar.
Pour ce qu'on en a compris après, manager de salle c'est encore plus risqué que diplomate au Moyen-Orient. Tu dois gérer ta salle comme une chorégraphie de hip-hop en terrain miné, placer les gens c'est bien plus difficile que séquencer de l'atome, et ce portier est venu nous chercher en personne parce qu'il a cru que nous étions un couple et qu'il était vital pour lui de nous coller à la dernière petite table dans un coin. 
On aurait dû rester debout avec la plèbe, mais sur ce malentendu on a pu assister au show avec de meilleures places. Parce qu'on avait l'air d'un couple et que ça faisait joli dans la salle.
Sois mignonne ma fille, souris et cramponne toi au mec d'à côté, qui ne fait pas trop peur et a une belle cravate. C'est comme ça que tu t'en sortiras. Et n'espère pas que la société va considérer que tu es là toute seule, une femme c'est accompagnée voyons.
(Coco Chanel, si tu me lis, arrête de rire steuplé).
Le concert fut super chouette. Dans mon petit coin j'avais une vue quasi complète de la scène, j'ai fait quelques photos bien (mais avec mon véritable appareil, je n'ai rien à montrer depuis mon téléphone d'où je tape cette note) et j'ai encore une fois tellement apprécié la musique.
Le contraste entre les musiciens qui riaient entre eux, s'interpelaient entre les morceaux, lançaient des plaisanteries au public, et le reste de l'assistance qui avait l'air d'être là sur une belle erreur de casting m'a tellement moins choquée et mentalement épuisée que la dernière fois.
Hier je demandais sur mon blog pourquoi est-ce qu'on refait les mêmes choses alors qu'on sait très bien qu'on ne retrouvera pas les mêmes sentiments.
 
Ben parce que c'est rigolo, tiens. C'est rigolo quand la vie nous donne un ticket en plus, nous laisse passer le gorille de l'entrée et nous donne accès à la représentation de la deuxième chance.
 
Savoir que j'allais me retrouver face à un magma d'andouilles a tellement diminué le choc. Je n'imaginais pas que je passerai la soirée à discuter avec des gens sympas (vu que je suis à la sociabilité ce que Nadine Morano est à la délicatesse: une grosse naze), et pourtant entre temps le jeune homme sexy du début (mon premier mari, t'sais) était revenu, lui aussi ramené par le colbak par le portier, mais assis en toute fin du bar parce qu'on vous le dit, les célibataires c'est la plaie. On l'a reconnu et interpelé, on a passé le temps qui restait avant le concert à discuter. 
 
Assister à ce concert étrange une deuxième fois assoit encore plus l'idée que quelque part, et pour tous les autres lundis à venir, tant qu'il y aura du jazz et tant qu'il y aura New-York, Woody Allen rigole avec Eddie Davis et son jazz band.
 
Et ça, je ne l'aurais pas autant ancré dans mon petit esprit si je n'étais pas revenue​. Dans mes traces et pour la deuxième fois.

 

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lundi 29 mai

Sens critique (gastronomique)

Dimanche, 11h50:
Le fait que le métro new-yorkais soit si pourri ne cesse de m'étonner. Les gars sont quand même la première puissance mondiale et il y a des arrière-cuisines de bars à putes à Bangkok qui sont moins dégueulasses.
Les couloirs sont vétustes, l'eau laisse des traces bien sales en coulant le long des murs, je pense qu'il y a le pipi cumulé de 70 million de gens environ qui ruisselle, et les rames elles-mêmes semblent sorties des années 70 entre leur formica orange et leur look tout en acier. Le croisement entre une morgue pas nettoyée et la cuisine de ta grand-mère car le orange ça devrait être interdit depuis Austin Powers, on est bien d'accord?

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Le point un peu plus positif c'est que j'ai enfin compris comment marchent les trains locaux et les trains express, et que je n'hésite plus à demander aux employés car eux seuls ont le pouvoir du crâne ancestral de savoir qu'après 21h les mardis soirs de pleine lune la ligne F roule sur la voie du train B sauf quand elle fait des petits sauts sur les rails du Subway 3.
Enfin bon, assez râlé, aujourd'hui j'ai décidé de retourner explorer l'Upper West Side. Je commence par le plus important: Numero 28, 660 Amsterdam Avenue, la meilleure pizza qu'il m'est été donné de manger hors Italie.
Car qu'on se le dise, je ne suis pas venue ici pour les burgers. Sans blague.
13h03:
Ne m'écoutez pas quand je me vante de savoir surfer dans le métro new-yorkais avec l'aisance de la loutre effilée. J'étais tranquillement en train de rejoindre ma destination (et ma pizza) quand j'ai réalisé que les stations n'avait plus le même nom que dans mon itinéraire. 
Je me suis levée, suis allée consulter le tableau de la liste des arrêts et n'ai reconnu aucunes des stations qu'on venait de traverser. "WHAT THE FUUUUUUUCK" j'ai dit, même pas à voix basse, car je suis punk ascendant vulgaire. "the fuck, seriously", j'ai répété. Une dame avait l'air aussi perdue que moi. "Houston Street, elle demandait, d'un air incrédule. "Yeah, not on the map, I knoooooow" j'ai répondu, salement blasée de la vie.
"Le train roule en local, a alors expliqué un monsieur. Il va s'arrêter à plein de petites stations qui ne sont pas sur la carte". "Thank you!!!" je lui ai répondu avec un grand sourire, et je suis retournée m'asseoir.
Beaucoup de classe, donc. J'imagine que vous êtes contents de m'avoir comme amie.
13h25:
Manger!!!

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Je soutiens que cette pâte à pizza est la meilleure du monde, hyper croustillante en dessous et moelleuse sur le dessus, la sauce est excellente et la mozzarella de buffalla tue complètement. Par contre, celle que j'avais pris la dernière fois (trois fromages) était encore meilleure. Car rien ne peut battre trois sortes de fromages empilés.
15h53:
Ça fait 15 minutes que je fais la queue pour acheter trois cookies (je suis vers la moitié de la file, tranquille). Il s'agit de la très célèbre Levain bakery, et il semble normal à tout le monde d'attendre comme des pécores en plein soleil. (Je tape cette note de blog d'un air détendu mais de l'autre oeil je toise la meuf derrière moi dans la queue qui essaie de me passer devant).
Ensuite il faut que je rentre à pied (3 heures de marche selon City Mapper)(cela me semble honnête) si je veux espérer perdre ne serait-ce que la moitié des calories engouffrées aujourd'hui.

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16h10:
Et voilà, j'ai officiellement fait 30 minutes de queue pour trois cookies. Je fais partie de la bande. (Mais de laquelle?).
17h45:
La dernière fois que je suis venue à New-York j'ai voulu faire un certains nombres de trucs touristiques (la vue du haut du Rockfeller building, tous les musées possibles, la vue de la statue de la Liberté, Times Square...). Times Square m'avait bien saoûlée, c'est horrible d'être serrée dans une foule bruyante (et qui pue un peu) avec des néons de ouf qui clignotent dans la nuit. Je m'étais réfugiée dans un café Prêt à Manger et j'avais savouré une pause et un thé en écrivant un email à mes parents.
Je me suis retrouvée aujourd'hui à emprunter le même chemin, j'ai commandé le même thé et me suis assise à la même table. J'ai fini de taper cette note de blog et je me suis arrêtée pour me demander.
Pourquoi est-ce qu'on refait les mêmes choses? Alors qu'on sait très bien qu'on ne retrouvera pas les mêmes sentiments?

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samedi 27 mai

Arrivée

Samedi matin, trop tôt :

Vu que je suis partie après le boulot pour prendre mon avion le vendredi soir même, décalage horaire oblige j'étais censée arriver à 22h à JFK, sauf qu'il serait 3h du matin à Londres, et contrairement à la dernière fois où j'avais fait de mon mieux pour rester éveillée dans l'avion, là j'ai bien dû dormir 4h, d'un sommeil interrompu, inutile et non réparateur.

C'était cool.

(J'ai aussi regarde Fantastic Beasts and Where To Find Them, JK Rowling tu es la plus grande, et il n'y en a pas deux comme toi pour parler de l'enfance et de ses blessures, tout en saupoudrant ça de petits animaux mignons pour avoir l'air de ne pas y toucher et en même temps proposer une solution)(j'ai aussi regardé Dr Strange, parce que si Bénédicte Cumberbatch faisait une pub pour du dentifrice j'irai me rouler nue dedans, mais à part sa performance et celle de Tilda Swinton c'était juste de jolis images, quoi)(contrairement àTigre et Dragon qui est de jolies images ET de véritables idées derrière)(mais je m'égare, c'est juste parce que dans ces deux films l'Asie est présente et les gens courent sur les plafonds).

C'est avec beaucoup de grâce et sans encombres que j'ai ensuite voyagé jusqu'à Brooklyn où je vais loger jusqu'à samedi prochain. J'ai repris une chambre chez la personne qui m'avait hébergée en octobre dernier et c'est cool, d'arriver dans un endroit qu'on connait.

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Après avoir dormi quasiment trois heures, réveillée toutes les trente minutes (dont à 5h10 par un oiseau fougueux qui ne l'a pas bouclée depuis)(MEURS, POULET MALÉFIQUE !!!) je suis vraiment en pleine forme pour aller faire un tour à la plage (tcha tcha tcha).

Coney Island me voilà !

Samedi après-midi :
Il y aurait un essai à écrire sur la vulgarité naturelle des villes de bord de mer.
C'est dit sans méchanceté aucune, c'est de là que je viens.
Techniquement j'ai grandi en Provence plutôt intérieur des terres, mais avec de la famille dans le Var, j'ai passé des étés le cucul dans le sable à creuser pour trouver des coquillages, et des hivers à rallonge, à me promener le long de bords de mer hostiles et de fêtes foraines désertées.

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Ces tongs qui claquent et ces shorts qui remontent, tous ces tatouages prévisibles dans des endroits qu'on aurait tellement voulu invisibles. 
Aujourd'hui c'était la fête du slip de bain, les gens qui criaient, qui mangeaient des trucs frits, les enfants qui pleurnichaient et l'ennui partout dans les regards.

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Et pourtant.
Pourtant il y a cette dame qui fait sa gym au beau milieu de la promenade. Il y a ce caniche rebelle qui se fait enguirlander parce qu'il ne cesse de quémander un peu de funnel cake. Il y a cette petite fille qui fait la roue et ça me rappelle que moi aussi j'étais une petite fille qui faisait la roue. Il y a ce pêcheur habillé comme un chanteur de rap qui discute avec ce pêcheur habillé comme un chanteur de reggae. Il y a ce chien qui est allé sniffer la culotte d'une dame inconnue, et son maître qui est venu le récupérer en ne sachant plus où se mettre. Il y a ce tout petit petit garçon qui a appris à marcher hier et qui compte bien montrer à tout le monde qu'il maîtrise la technique (mais il a aussi pris option gamelles sans faire exprès du coup ça pique un peu).
Alors perso, je nous trouve tous très beau.

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vendredi 26 mai

L'aventure: préambule

 13h57: je réalise que je pars en vacances dans une heure et quinze minutes et que je m'apprête donc à traverser plusieures frontières/contrôles de sécurité avec mon Tupperware de porridge à la courgette.

Si vous cherchez le mot "audace" dans le dictionnaire le plus proche, il devrait y avoir ma photo.

 14h14: en fait, les vacances ça commence quand on s'éclipse discrètement aux toilettes du boulot pour aller mettre ses mi-bas de contention pour l'avion, je trouve. #glam

16h35: MWAHAHAHAHAHA, mon sac est passé sans encombres à travers les rayons X furieux de la sécurité, aujourd'hui le porridge, demain le moooooonde!

16h52: *chomp, chomp, chomp*

18h45: sponsorisée par Nike et Delsey. (Pas en photo: le slip de grand-mère Marks & Spencer).

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19h06: les petites boutiques d'aéroport, toujours prêtes à vous dépanner d'une bouteille d'eau, d'une barre Mars ou d'un pot de Marmite.

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jeudi 25 mai

Running gag

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De toute façon on va tous mourir, c’est bien la seule chose qu’on sait vraiment. Un jour on sera un cadavre, un corps mort et déjà en train de se décomposer que d’autres mains toucheront, déshabilleront, laveront, mettront dans la terre.

Ça sert à quoi de se débattre autant, si c’est pour tous finir au même point?

Et puis on ne va pas mourir “juste comme ça". Une crise cardiaque pour les plus chanceux, un vieux cancer douloureux et débilitant pour les autres, peut-être Alzheimer, avec juste assez d’éclairs de lucidité pour bien se rendre compte combien même nos proches n’en peuvent plus. Le futur ne nous réserve que plus de malheurs et de morts, tous les gens qu’on aime vont nous quitter.

Est-ce mon côté punk no future qui ressort? Mon côté emo chiant, plutôt?

Non, je m'apprête simplement à avoir mes règles.

Et mon médecin me l’a bien expliqué: il y a le taux d’une hormone qui grimpe, le taux d’une autre qui dégringole, et c’est tout le cerveau qui part en sucette. L’humeur, les nerfs, les neurones qui se vautrent dans le délire le plus total. L’irrationnel qui débarque sans crier gare.

Il y a des femmes qui ont des syndromes pre-menstruels encore pires que ça, qui font des malaises, qui ont des douleurs, des migraines, qui sont obligées de rater le boulot.

Moi c’est une bonne dépression, à date fixe, prévisible et dévastatrice quand même.

Demain je vais me réveiller, je vais avoir mal au ventre toute la journée, je vais aller aux toilettes environ tout le temps, je vais avoir faim et la nausée en même temps, puis dans l’après-midi je vais enfin voir du rouge sur ma serviette hygienique et je vais me sentir tellement soulagée, comme si c'était le messie mais en encore mieux. (Parce que le messie je m’en fous grave, en fait).

À en pleurer encore, mais de reconnaissance cette fois.

Entre temps j’aurais passé une journée normale, j'aurais sauvé le monde one step at the time comme disent les Anglais, j'aurais retrouvé le parapluie de Lucile oublié en salle 26, appelé les parents de Mathilde pour être sûre qu'elle a l'autorisation d'aller au musée (car Mathilde n'a jamais pensé à rapporter une seule autorisation écrite depuis septembre), j'aurais enguirlandé Megane parce qu'elle aura balancé un dictionnaire de français à la tête de Rosa, qui venait pourtant de la taper avec un cahier d'espagnol, prétendra-t-elle. J'aurais expliqué pour la première fois à mes sixièmes que le passé composé se compose du verbe avoir, puis du participe passé. J'aurais expliqué pour la dixième fois à mes cinquièmes que le passé composé se compose du verbe avoir et d'un participe passé, là, mais si bon sang. J'aurais expliqué pour la soixante-douzième fois à mes troisièmes que ce putain de passé composé se compose du verbe avoir ou du verbe être et que bordel ce n'est pas si dur d'arrêter d'écrire "je allé à l'école à 8h" fait chier à la fin. (Non mais je plaisante, je ne dis jamais de gros mots devant les élèves voyons)(enfin je les dis dans ma tête)(la plupart du temps).

On ne m'ôtera pas de l'idée que si c'était les homme qui avaient leurs règles ils auraient le droit de rester à la maison une fois par mois sans avoir à se justifier, il y aurait des bouillottes en libre-service à chaque arrêt de bus et des tablettes de chocolat seraient distribuées à l'entrée du métro.

À la place de tout ça, il y a une énorme part de la population qui passe par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel de la souffrance douze fois par an et à part Notre Temps le magazine des vieilles il n'y a que moi pour en faire un article.

Ah la la.

PS: si toi tu es en pleine ménopause j'ai cru comprendre que c'était rigolo aussi. Viens, on va monter un club des gens qui ont les hormones au plafond, ça s'appellera "Aaaaaaaaaaaaargh!!".

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mercredi 24 mai

Drame en un acte

 

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C'est la fin de la leçon, la plupart de mes élèves sont déjà dans le couloir, quand je réalise qu'au fond de la classe Nelly pleure à gros sanglots. Assise à côté d'elle pendant le cours, Sylvia vient de partir le menton en l'air et sans un mot. À la même table (mes élèves sont assises par quatre), en train de prendre les dernières notes, Maya a l'air de ne pas suivre la scène et s'affaire plutôt à souligner les mot-clés.

"Que se passe-t-il Nelly?", je demande, absolument désolée. Cette gamine est adorable, mais peut se mettre dans tous ses états quand elle ne comprend pas quelque chose: elle a déja pleuré à cause d'une mauvaise note.

"Riiiieeeeeen", elle hoquète.

"Dis-moi ce que je peux faire pour arranger les choses". je reformule, me rappelant les derniers éléments de language super précis qu'on nous demande d'utiliser avec les élèves. (Il s'agit d'exprimer, avec un language positif et ouvert, une question qui les invitera au dialogue et à l'échange)("Rhaaaaa bon sang, ne te balances pas sur ta chaise, tu es déjà tombée vingt-sept fois et ça me saoûle" est un très bon contre-exemple)(alors que pourtant, parfois, c'est le seul truc que tu voudrais vraiment exprimer)(c'est dommage).

"Il y a une fille d'une autre classe qui a dit des ragots sur Nelly et Sylvia les a crus", explique Maya sans lever la tête de son cahier.

Nelly redouble de sanglots en tentant vainement de faire rentrer son cahier de français dans un sac déjà plein à craquer.

Il ne sera pas dit qu'il y aura du harcelement scolaire dans ma classe! J'interviens alors:

"Eh bien c'est à cette autre fille de se sentir mal, et c'est à Sylvia de ne pas écouter les ragots. Ce n'est pas à toi de pleurer, du tout!"  j'assène avec force.

(Qu'on m'envoie au Moyen-Orient, à la fin, je suis si douée pour apaiser les conflits).

Et puis j'ajoute, comme pour me justifier: "Je ne savais vraiment pas qu'il y avait un probleme entre vous, toute votre table travaille si bien ensemble, c'est pour ça que je ne vous changeais jamais de place".

C'est alors que fermant son cahier d'un geste sec Maya a conclu, laconique: "oh, il n'y a pas de problème du tout, elles sont meilleures amies".

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mardi 23 mai

L'oeuf, la poule et le sous-pull marron

J'ai bien dû regarder cette vidéo 5 ou 6 fois. Bon, ok, plutôt 27 ou 30. Et je ne pense pas avoir ri une seule fois, parce que j'étais trop occupée à être magnetiséehallucinéefascinée par le réalisme de chaque mimique, chaque syllabe et chaque respiration.

 

Alexandre Astier - La Physique Quantique (entier et sous-titré)

Parfois on fait des choses qui nous glissent dessus et n'ont pas l'air de laisser beaucoup de traces, mais mon diplôme en histoire est vraiment quelque chose que je trouve fondateur et une grande part de mon identité.

J'ai d'autres diplômes (donc un qui me sert un peu au quotidien vu que c'est mon Certificate in Education, mon Capes briton, quoi), mais finalement -peut-être parce que c'est encore trop frais- ça m'a moins marquée.

Ah, si, peut-être, cette médaille de judo obtenue quand j'avais 8 ans. À la fin de l'année on avait fait une mini compétition devant les parents. On était par groupes de trois, j'avais fini troisième.

C'était dur, j'avais eu l'impression de tomber sur deux filles enragées et mon sens de la compétition alors inexistant n'avait pas fait long feu. Toute l'année on n'avait fait que s'entraîner, quand on se "battait" à deux c'était uniquement pour apprendre les prises, alors je crois que je n'avais même pas compris ce que j'étais censée faire le jour de la compétition finale.

Toujours est-il qu'on avait tous reçu une médaille et que je crois que je l'ai toujours quelque part dans une boîte, passée dans un fil de scoubidou orange pour pouvoir la porter en collier.

Car j'ai toujours eu beaucoup de goûts.

Pour en revenir à la vidéo, je n'ai peut-être jamais étudié la physique quantique (alors que ça a l'air festif comme tout) mais chaque parcelle de description de l'enseignement supérieur y est tellement bien décrite, je couine.

"L'art c'est décrire l'ineffable", avait dit mon prof de lettres en troisième. Le décrire, le jouer, le crier, le rouler par terre aussi, finalement.

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lundi 22 mai

Les grands inventeurs méconnus

Certaines des plus grandes découvertes ont été faites par hazard, comme Alexander Fleming avec la pénicilline qui ne ressemblait qu'à un vieux bout de beurre oublié avant de sauver des vies un peu partout à travers le monde. (Et celle de mon pied l'année dernière quand je me suis brûlée au second degré et que ça s'est infecté et que c'était dégoûtant).

J'en parle parce que ce week-end j'ai cuisiné à nouveau un gros plat de porridge à la courgette. Dans un bel élan créatif j'ai ajouté trois branches de céleri coupées en petits dés. Non seulement le résultat m'enchante mais en plus je me demande: des flocons d'avoine mous dans du bouillon de légumes insipide et des petits bouts de trucs verts qui surnagent: et si j'avais inventé, par hazard, le remède ultime à la gueule de bois?

Moi je ne bois pas alors je ne saurai jamais, mais je pose ça là et laisse l'histoire en juger.

Ah quoique non, attendez, j'avais une autre info: je crois que Mumu a trouvé un petit boulot. Et dire qu'il nous l'avait caché...

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(Images choppées dans un Bio&Co où visiblement Mumu passe du bon temps).

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vendredi 19 mai

Souple et élastique

 Mercredi, j'ai réussi à faire cette posture au yoga.

 

Nancy-Kate-shoulder-stand

Bon, en soit ce n'est pas la fin du monde, mais c'est toujours un tel sentiment de victoire quand on arrive enfin à faire quelque chose pour la première fois après avoir pas mal essayé, non?

Les témoignages qui me décrivent courant autour du studio de danse avec mon t-shirt sur la tête comme un footballeur sont complètement exagérés, par contre.

En fait, comme toute posture qui encourage à avoir le cucul par dessus la têtête, c'est un peu plus impressionnant à faire qu'à voir, parce que ça fait comme des guilis du côté de la sensation d'équilibre. (Tu es fermement ancré sur le sol mais tu te sens presque voguer dans l'atmosphère avec les petits oiseaux).

La suite logique c'est ça (je l'ai fait aussi, je n'ai aucune limites je vous dis) et en terme de tête-à-tête avec ton nombril on ne fait pas beaucoup mieux.

Halasana

 

Certes, je me suis claqué un truc dans le dos et je ne peux plus bouger une seule épaule depuis, mais je reste persuadée que c'est une coïncidence.

 Au fait, j'ai reçu une réaction à la note d'hier...

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Bon week-end, et pas trop de porridge, hein!

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jeudi 18 mai

Nourriture, donc

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J'avais promis de la nourriture, et me voilà donc prête à partager ma dernière découverte culinaire en date. Une recette d'exception, qui fond sous la dent et va faire de vous l'hôte le plus prisé du tout Paris.

Le porridge à la courgette.

Eh oui.

(Fin de la blague).

Car non, je ne plaisante pas. Un jour où j'avais souhaité m'auto-faire du mal, un jour où je voulais que la vie perde son sens, un jour où j'avais décidé d'arrêter le sucre, donc... J'ai eu envie de me faire un p'tit bol de porridge. Et d'y ajouter du sel.

C'est ainsi que les Écossais le mange, et ça en fait un peuple fier et qui roule les "r". Voilà qui me donnait envie.

La vérité c'est que mes flocons cuits à l'eau avec du sel (et du poivre) étaient vraiment délicieux. Comme il m'arrive aussi parfois de faire cuire mon porridge au four, dimanche dernier j'ai tenté la recette qui suit:

- 240gr de flocons d'avoine 

- 1 grosse courgette

- du bouillon de légumes

- du sel et du poivre

J'ai mis les flocons dans un saladier, j'ai ajouté la courgette coupée en lamelles fines, j'ai recouvert de bouillon et j'ai attendu que ça gonfle. (Le bouillon c'était un cube dans un litre d'eau bien chaude, ça en faisait un peu trop, j'ai dû enchainer avec un gratin).

Une fois que mes flocons ont eu l'air bien imbibés j'ai ajouté du sel et du poivre, j'ai tout versé dans un plat à four avec encore un peu plus de bouillon, et j'ai fait cuire un certain temps. Plus d'une demi-heure. Histoire que tout le bouillon soit bien évaporé.

Comment ça, tu souhaites des indications précises ?

Mon four, c'est le croisement entre un silex chauffé à blanc frotté et un réacteur nucléaire. Que les aliments y cuisent est en soit un miracle, n'espère pas non plus un temps de cuisson réglementaire.

Ne doutant pas une seconde que tu es sur le point de faire ma recette miracle et de t'en délecter pour tes 6 prochains petits déjeuners (240gr de flocons font 6 portions, te voilà prévenu) j'attends de pied ferme tes photos Instagram avec le hashtag #JeSuisPorridge.

Et pour ceux qui s'attendaient à une VRAIE recette alléchante, à base de ganache praliné et de crème légère...

En juillet cela fera 6 ans que j'habite en Angleterre. Vu comment mon alimentation dégénère à vue d'oeil, je crois qu'on peut dire que je suis bien intégrée.

PS: non, la photo n'a rien à voir, mais entre du porridge à la courgette et un bien beau paysage anglais, qu'est-ce que tu choisis? Voilà, hein. On est d'accord. 

Allez, à tes fourneaux! J'ai trop hâte d'apprendre que tu as remplacé l'avoine par du beurre et la courgette par du chocolat et que du coup tu t'es retrouvé avec un truc BON dans ton assiette. #JeSuisBrownie

Posté par _ Aurelia _ à 05:28 - Commentaires [7] - Permalien [#]